Ouganda, fin 2025

Hommage aux victimes d'Ebola et aux soignants disparus

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Le 5 décembre est un triste anniversaire où on se commémore les soignants tombés au combat de terribles maladies.

Le 5 décembre, jour anniversaire du décès du Dr Matthew Lukwiya, est dédié à la mémoire de tous les membres du personnel décédés à cause d’Ebola, de mes parents, du frère Elio, du Dr CP et, bien sûr, de tous les conseillers et donateurs qui ne sont plus là.  

C’est l’occasion de réfléchir aux motifs et valeurs profondes qui nous rappellent « ceux qui sont allés en avant », comme on appelle ici nos morts. La célébration a lieu devant les tombes, au cœur de l’hôpital, sous la grotte de Notre-Dame de Lourdes  

Cette fois-ci, la famille de Matthew, héros national, est au complet : Margaret, son épouse qui ne manque jamais le rendez-vous, est accompagnée de son fils aîné, Peter, avocat, de ses deux jumeaux Paul, nutritionniste avec sa femme et ses deux jeunes enfants qui n’ont jamais connu leur grand-père, et Daniel, pédiatre avec sa femme gynécologue.  

Je parle en acholi car tout le monde y tient. J’explique que, sinon, l’aumônier, le père Romano, me gronderait très fort. Cela provoque l’hilarité générale, car le père Romano est l’une des personnes les plus douces que l’on connaisse. 

J’explique aussi que papa disait toujours qu’il voulait être enterré au cœur de l’hôpital pour pouvoir tirer les oreilles de ceux qui ne se comportaient pas bien... 

Dernière soirée à Lacor : une ambulance (qui n’appartient pas à Lacor) amène un patient aux urgences. 

Malgré l’heure tardive, il y a encore beaucoup d’activité dans l’allée qui passe devant la maternité et mène à la pédiatrie.  

C’est toujours comme ça.  

Le lendemain matin, nous partons pour Mbale, où nous logerons pour le mariage traditionnel de Jacopo, ingénieur, employé de la Fondation détaché au Lacor depuis 2019 en tant que directeur du grand département technique de l’hôpital.  

 

Au cours du petit-déjeuner, Cristina Reverzani, spécialisée depuis près d’un an en obstétrique et gynécologie en Ouganda, raconte avoir assisté la veille à une intervention exceptionnelle menée par le gynécologue, le Dr Ojara Sande, qui est désormais également professeur à l’université de Gulu.  

Il s’agissait d’une grossesse abdominale, une forme rare de grossesse extra-utérine (1 à 2 % de toutes les grossesses sont extra-utérines, et, parmi celles-ci, seuls 1 à 2 % sont abdominales). L’ovule fécondé n’atteint pas l’utérus et le placenta se développe en adhérant aux organes voisins : normalement, une telle localisation ne permet pas le développement du fœtus.  

 

Quelques heures plus tard, je reçois ce message du Dr Ojara :  

« Aujourd’hui, nous sommes bénis, hier soir, j’ai opéré avec succès une (patiente) référée par l’hôpital d’Angal pour une grossesse abdominale, un petit garçon de 1,5 kg, vivant. C’est notre grande réussite de l’année, la maman est aux soins intensifs et le bébé en néonatologie.  

Et une de nos infirmières qui souffrait hier soir d’éclampsie (hypertension de grossesse, l’une des principales causes de mortalité maternelle dans cette région) est désormais hors de danger… nous sommes heureux, car les deux mamans et les deux bébés sont désormais en sécurité. » 

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