Des journées de préparation intensive pour le Conseil s’enchaînent. Tout d’abord, une quantité astronomique de documents doit être analysée. Ensuite, les réunions de divers comités (comme ceux de la qualité, des finances et des ressources humaines) se succèdent, chacune durant au moins six heures.
Il s’agit d’une série dense de rencontres personnelles, préliminaires et parallèles, indispensables pour prendre le pouls de la situation et renforcer les liens. On discute surtout avec les acteurs impliqués dans les finances, la communication, les projets, etc.
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À gauche, la première réunion pour la configuration de la mise à niveau du logiciel administratif Microsoft Business Central.
Le personnel responsable de l’hôpital, le fournisseur HRP et la société d’audit financier BDO y participent pour discuter, dans ce cas, de la conception du plan comptable : espérons que cela aboutira aux résultats escomptés !!
Le comité directeur du plan stratégique se réunit tous les deux mois pour faire le point sur le plan stratégique en cours et ses objectifs. Les directeurs, les directeurs adjoints et la directrice des services infirmiers y participent. Guido, président du comité, et moi-même représentons le conseil d’administration.
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Carolina et moi ne manquons pas de rencontrer Michael et Pamela, les deux pharmaciens embauchés il y a un mois par l’hôpital. Ils donneront un nouvel élan à la pharmacie, compte tenu des deux nouveaux logiciels qui seront mis en œuvre au cours de l’année 2026 (la mise à niveau du logiciel Microsoft Business Central pour l’administration, et Streamline pour la gestion clinique).
Les collègues de la Fondation Corti italienne les plus stressées ces jours-ci sont sans aucun doute Guido, responsable du comité financier du CA de l’hôpital, Giulia, directrice adjointe des finances de l’hôpital, et Carolina, responsable de toute la zone Lacor de la Fondation, y compris les projets et les aspects financiers.
À la fin de la journée, une petite bière « Nile special » dans le petit bar sombre situé en face de la morgue de l’hôpital (une véritable bouffée de vie !) permet de se détendre un peu…
Les repas dans le quartier des invités permettent d’échanger des idées et des impressions avec les nombreux résidents italiens en stage de formation et d’autres professionnels internationaux ; en bref, avec tout l’univers qui gravite autour du centre de mon monde.
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À la fin de la journée, une promenade autour de l’hôpital, en suivant le pas rapide de Guido, fait du bien après de longues heures passées assis en réunion ou devant l’écran
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Nous nous sommes même permis deux sorties nocturnes au restaurant Abyssinian de Gulu, face à une colossale injera. Contardo fait la grimace parce qu’il n’aime pas manger avec les mains, mais moi j’adore, car c’est ce que j’ai toujours fait depuis toute petite quand j’étais invitée à manger chez les gens d’ici.
Le marché de Gulu est un fourmillement d’activités qui ne s’arrête jamais, avec des vendeurs de poisson séché, de céréales colorées, de tissus, d’objets ménagers, d’innombrables petites cabines où l’on répare les téléphones portables, où l’on vend des cartes téléphoniques, où l’on coud des vêtements.
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Et encore : des fruits empilés sur des nattes, des poulets vivants, des coqs qui remplissent le marché couvert de leurs cocoricos.
Les routes goudronnées se sont multipliées, mais celles qui ne le sont pas, qui restent majoritaires même en ville, ne sont praticables qu’avec des 4x4 robustes.
Des camions bondés de gens assis sur les marchandises, des vélos et des motos chargés à l’extrême se faufilent entre les autres véhicules.
Ici, on roule à gauche, comme en Angleterre : il faut avoir cent yeux, surtout le soir et la nuit, où les phares colorés des camions alternent avec l’apparition soudaine d’un vélo surchargé et sans lumières.
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Comme le soir au restaurant Abyssinian : soudain, une moto apparaît devant nous. Le passager, en équilibre sur la selle arrière, tient dans ses bras levés un grand cercle en caoutchouc : on dirait une interprétation équatoriale de l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci.
Heureusement, à côté des traditionnels et très dangereux boda-boda (motos avec une selle allongée pour transporter plusieurs personnes), les tuk-tuk (une sorte de triporteur fabriqué en Inde) plus stables sont en train de s’imposer.
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Une longue file d’attente se forme toujours devant l’hôpital.
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Pour 5 000 shillings (6 $ CAN), ils vous emmènent à Gulu (à environ 7 km), mais peu de gens peuvent se le permettre. Ils partagent les trajets ou marchent le long de la route très fréquentée qui traverse le pays du sud au nord vers la frontière avec le Soudan du Sud.
Le trajet à pied se fait parfois encore avec des sandales fabriquées à partir de vieux pneus : j’ai été surprise d’en voir encore.
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Pendant les années terribles d’Idi Amin, et les quelques années encore pires qui ont suivi dans tout le pays (chez nous, dans le nord, les années ont été de plus en plus terribles jusqu’en 2006 !!), c’était le seul type de chaussure produit en Ouganda, et peu de gens pouvaient s’offrir autre chose. Comme pour la plupart des autres choses d’ailleurs…
Si Gulu, promue depuis quelques années au rang de ville (Gulu City), montre des signes de reprise, malgré les contrastes criants propres aux villes de cette partie du monde, il y a encore beaucoup, beaucoup de pauvreté dans les environs et la vie y est difficile.
La vie est frugale, laborieuse et active, mais les droits de scolarité, une maladie, les dépenses pour les médicaments peuvent plonger une famille dans un état d’extrême pauvreté.
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Un enfant de moins de quatre ans puise de l’eau à la pompe d’un puits (ou est-ce la pompe qui le tire vers le haut ?).
Une incursion dans l’administration où Giulia Monti, Directrice financière détachée au Lacor par la Fondation Corti, se démène pour réduire les dépenses et contrôler les cordons de la bourse.
Elle est à Lacor depuis près de deux ans et, en peu de temps, elle a réussi à mettre en place des améliorations organisationnelles telles que je n’avais pas vues depuis plus de vingt ans : plusieurs employés ou anciens employés, sérieux et travailleurs, m’ont fait remarquer avec satisfaction à quel point les changements sont visibles.
En fait, on lui a déjà donné deux noms : « Layub » (celle qui fait du bien, qui arrange) par ceux qui sont de bonne volonté et « Labal » (celle qui casse, qui ruine) par les fainéants.
Nous faisons ensuite un tour en néonatologie pour voir comment ça se passe, avec sœur Angioletta (ma camarade d’école à l’élémentaire) qui nous accueille à l’entrée.
Pendant que je discute avec Angioletta, Consuelo et Contardo enfilent des blouses propres, des masques et des couvre-chaussures, puis entrent pour jeter un coup d’œil : les incubateurs sont tous occupées par des petits en difficulté. Les plus de cent lits de la pédiatrie générale sont pleins, comme d’habitude.
Chaque samedi matin, une session de formation médicale continue est organisée dans la grande salle des assemblées, où trônent les portraits de maman et papa. Le Dr Nyeko David, chirurgien et directeur scientifique adjoint, explique les nouvelles modalités de renouvellement de l’inscription à l’ordre des médecins.
Le premier chirurgien de Lacor semble sourire en voyant son héritier. Nous, les anciens, sommes un peu gênés d’être appelés respectueusement « Mammy » et « Daddy » par les jeunes milléniaux ougandais, qui ont peut-être déjà trois enfants.
Le jeudi 4 décembre se tient le conseil d’administration. Présidé par le « nouvel » archevêque de Gulu, Mgr Raphael P'Mony Wokorac, nommé il y a un peu plus d’un an, il commence à 10 heures du matin. À 18 h 45, après avoir lu le dernier point à l’ordre du jour « points divers », l’archevêque lève les yeux et ajoute : « Que personne n’ose ! », provoquant un éclat de rire général.

