Le bon fonctionnement d’un grand hôpital comme le St. Mary’s Lacor ne dépend pas seulement du travail dans les services, entre les couloirs et les salles d’opération. Il prend aussi naissance ailleurs : derrière un bureau, dans une signature apposée avec soin, dans un contrôle discret qu’aucun patient ne verra jamais, mais dont dépend l’efficacité quotidienne de tout l’Hôpital.
Iris travaille au Lacor Hospital depuis 2000.
Elle a grandi dans le nord de l’Ouganda pendant les années de guerre. Pendant une période d’études à Kampala, certaines de ses compagnes de l’école Sacré-Cœur de Gulu ont été enlevées : une nuit, les rebelles sont entrés dans les dortoirs et ont capturé 45 jeunes filles, tandis qu’Iris a survécu en se cachant jusqu’au matin. Après ses études, elle rentre chez elle et découvre que sa famille a été déplacée, contrainte de fuir les raids des rebelles. Ces épisodes ont renforcé son caractère et sa détermination.
En 2000, après l’obtention d’un diplôme en administration des affaires, elle a commencé à travailler au Lacor comme caissière. « Ici, j’ai appris que le fonctionnement de l’Hôpital dépend aussi de ceux qui ne mettent jamais les pieds dans les services de soins. » Avec le temps, elle a évolué professionnellement, assumant des responsabilités de plus en plus importantes dans un contexte toujours plus complexe.
Aujourd’hui, elle coordonne le travail du personnel des guichets de paiement répartis entre l’Hôpital et les centres de santé : plus d’une vingtaine de personnes à organiser, des quarts de travail à assurer chaque jour, des flux financiers à contrôler. Son travail commence par la préparation des tâches pour les caissières, qu’elle accompagne par des réunions mensuelles, et se poursuit chaque jour par la vérification des recettes, des factures, des remboursements et des créances à recouvrer.
C’est un travail qui exige de la précision.
« Une seule inattention suffit à créer des problèmes », explique-t-elle. « Derrière chaque chiffre, il y a un service qui doit continuer à fonctionner. » Et chaque erreur a du poids, car derrière elle se trouvent toujours un service de santé, un médicament, un traitement qui doit se poursuivre. Une gestion administrative solide est essentielle pour permettre à l’Hôpital d’accomplir sa mission, soit offrir des soins au coût le plus bas possible à plus de 200 000 personnes par année.
En général, les soins de l’Hôpital sont subventionnés à 70 %, car la population cliente est très pauvre. Certaines catégories vulnérables, comme les mères et les enfants, sont beaucoup plus subventionnées (par exemple, l’hospitalisation d’un enfant de moins de 5 ans coûte 10 000 UGX — environ 4 $CA — à l’exception de certains médicaments particuliers à payer séparément; pour un accouchement normal, le coût est de 25 000 UGX — environ 10 $CA). Sans cet équilibre, construit jour après jour aussi grâce au travail d’Iris, l’Hôpital ne pourrait pas continuer à soigner ceux qui arrivent avec très peu d’argent.
Bien gérer les ressources dans un contexte fragile n’est pas toujours évident.
La capacité d’assumer au mieux cette responsabilité prend aussi racine dans son histoire personnelle. Lorsqu’elle parle de l’Hôpital Lacor, elle décrit un hôpital qui a toujours été un point de référence pour la communauté, un lieu où l’on se rend quand il n’y a pas d’autre option. « Pour la communauté, l’Hôpital Lacor est une maison, une présence précieuse », souligne-t-elle.
À côté de son travail quotidien, Iris a mis sur pied un fonds de solidarité interne qui regroupe une trentaine de personnes entre l’Hôpital et les centres périphériques. « Nous versons 5 000 shillings par mois, environ deux dollars. À la fin de l’année, cela représente près de deux millions, que nous utilisons pour faire face à des dépenses imprévues, comme un deuil ou une difficulté familiale. » C’est ainsi qu’elle et ses caissières sont devenues une petite communauté d’entraide.
« L’Hôpital Lacor ? Ma maison, ma famille. » Grâce à son salaire, elle a soutenu les études de ses frères, sœurs et neveux; par l’entremise de la coopérative de crédit de l’Hôpital, elle a pu acheter un terrain et construire sa maison.
En tant qu’employée, Iris a droit à des subventions et à des protections en matière de santé, comme des dépistages, des contrôles, des vaccinations, des soins et des congés de maladie. « Quand j’ai eu besoin de traitements quotidiens, l’Hôpital était là », confie-t-elle.
L’Hôpital Lacor représente une forme concrète de soin, autant pour les patientes que pour ceux et celles qui travaillent afin que l’Hôpital puisse continuer à fonctionner.
